La confiance au cœur des processus commerciaux digitalisés – Blockchain et comptabilité en partie triple

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Une tribune de Laure Boutron, Directrice Marketing Exact. A l’heure où les relations commerciales se digitalisent, les preuves tangibles d’interactions tendent à disparaître. La blockchain et le concept de comptabilité en partie triple pourraient apporter de l’authenticité et de la confiance dans ces relations d’un nouveau type.

Au coeur de toute transaction commerciale se trouve la notion de confiance. Sans elle, les rouages du commerce ne peuvent tout simplement pas fonctionner. Or, avec l’arrivée du numérique dans l’entreprise (dématérialisation des processus, boom des services digitaux…), la relation commerciale au sens traditionnel n’existe plus et les preuves tangibles d’interactions ont tendance à disparaître. Dans ce cas, comment s’assurer d’établir et de maintenir une relation de confiance avec ses partenaires ? La blockchain et le concept de comptabilité en partie triple (à triple entrée) pourrait apporter de l’authenticité et de la confiance dans ces relations d’un nouveau type.

Pour une première relation commerciale, les preuves d’activités économiques concrètes (travail effectué, actions réalisées, équipe terrain, etc.) jouent un rôle prépondérant dans l’établissement de la confiance entre les parties prenantes. C’est particulièrement vrai pour les services bancaires et financiers, où les lignes de crédit tels les découverts, les prêts ou les conditions de facturation sont fréquemment accordées à un tiers en se basant sur la confiance liée aux échanges précédents, plutôt que par une nouvelle étape de titrisation.

Des commandes aux factures, en passant par la fourniture de nombreux services dématérialisés, tout peut être entièrement digitalisé, c’est-à-dire exempt d’échanges de biens ou de documents matériels d’un point A à un point B. Cela peut compliquer la tâche d’une entreprise, en particulier d’une TPE, lorsqu’elle souhaite gagner la confiance d’un bailleur ou d’un banquier. Sans preuve tangible de son activité réelle, il lui est difficile de prouver qu’elle représente un investissement pertinent. Démontrer qu’elle dispose d’un réel potentiel d’activités et d’un chiffre d’affaires facturé relève parfois du défi.

Dans ce contexte, les entreprises d’aujourd’hui ont besoin d’une manière différente d’accéder à la liquidité et de disposer d’outils capables de rassurer leurs partenaires sur leur potentiel de croissance.

Dans le secteur des technologies comptables, certains éditeurs travaillent déjà au développement de solutions de comptabilité dites « en partie triple », qui vont dans ce sens. Apparue pour la première fois à la fin des années 1980, cette technologie permet l’émergence d’un nouveau modèle comptable où toutes les écritures liées aux parties tierces sont scellées, c’est-à-dire cryptées et contrôlées par un troisième niveau d’entrée. Cette méthode garantit à l’ensemble des acteurs en présence qu’une transaction est enregistrée et réelle, et surtout qu’une contrepartie financière sera déclenchée.

Une information devenue inaltérable

La comptabilité en partie triple est un concept de comptabilité pour les petites entreprises basé sur la blockchain qui permet une vérification des opérations/écritures commerciales par toutes les parties concernées par la transaction. A l’origine, la blockchain est un registre (ou répertoire de données) digital sécurisé et décentralisé qui permettait à tous les utilisateurs de la monnaie bitcoin d’enregistrer et de garder une trace de leurs transactions opérées dans cette monnaie. Aujourd’hui, son périmètre d’application s’étend bien au-delà de celui de registre sous-jacent au bitcoin.

Avec la blockchain, de multiples parties prenantes (banques, comptables et traders) peuvent entrer des écritures dans un registre d’informations commun et une communauté d’utilisateurs contrôle la manière dont ce registre est complété et mis à jour. Aucune instance ne contrôle le système à elle toute seule, comme c’est le cas d’une banque centrale, de sorte qu’un seul point de défaillance ne peut à lui seul perturber l’ensemble du système. Les écritures ne peuvent être ni piratées ni altérées de manière frauduleuse sans rompre la chaîne, car chaque enregistrement est authentifié avant et après, rendant chacune des écritures interdépendantes les unes des autres. La comptabilité à triple entrée, basée sur la blockchain, fournit ainsi une version unique et partagée d’un contenu authentique, fondée sur une technologie incorruptible de registre qui ne peut être altéré.

La blockchain peut désormais être utilisée pour créer une piste d’audit complète des transactions qui peut être consultée à la fois par l’entreprise hôte, par l’entreprise facturée et par les tierces parties comme les banques et assureurs qui cherchent à garantir la santé financière d’une entreprise. Cette innovation offre certainement aux PME une simplification de l’accès au financement.

Deux avantages immédiats pour la comptabilité en partie triple

• Un audit simplifié : le travail de vérification normalement réalisé dans un audit annuel est déjà effectué. Cela réduit le coût et le temps passé sur ce procédé, les auditeurs extérieurs pouvant rapidement et facilement vérifier les états financiers. La comptabilité en partie triple ne permet pas toujours d’éviter l’audit annuel, mais la complexité et la criticité de son processus sont réduites grâce à la vérification en continu des comptes.

• La diminution de la fraude interne : les revenus et les dépenses ne peuvent pas être falsifiés puisqu’ils requièrent la signature cryptée d’une contrepartie pour être considérés comme valides. Grâce au code unique utilisé pour signer chaque transaction et la relier aux autres, toute tentative de falsification apparaît immédiatement dans la chaîne des opérations.

Système transparent, confiance mutuelle

Une fois que toutes les parties ont vérifié et confirmé une transaction, les comptes peuvent être utilisés comme un registre fiable, sur lequel un tiers peut s’appuyer. Le vendeur et l’acheteur peuvent également décider d’échelonner leurs paiements, le tout sur la base d’un système sûr qui inspire confiance de part et d’autre.

Prenons l’exemple d’une entreprise ABC en France qui commande des biens à une entreprise 123 en Chine.

Cette opération impliquerait normalement le paiement initial des biens, souvent avant qu’ils n’aient été fabriqués. L’entreprise ABC attend avec quelques inquiétudes le conteneur en provenance de l’entreprise 123, sans être certaine de la commande qui se trouve dans ce conteneur.

Grâce à un système de transactions basées sur la blockchain, tel que la comptabilité en partie triple, l’entreprise ABC peut faire des paiements échelonnés et authentifiés à destination de l’entreprise 123. L’entreprise ABC diminue sa prise de risque et l’entreprise 123 est assurée que les paiements sont effectués au fur et à mesure que les ordres sont exécutés.

La cartographie des risques

Même pour la comptabilité en partie triple, le risque existe qu’une partie prenante essaie d’escroquer l’autre lors d’une première transaction. Un registre blockchain ne pourra pas éviter ce risque, mais le système va garder une trace de l’événement et générer à court terme une rupture de la confiance et de la réputation de la partie à l’origine de la défaillance, qui ne sera plus en mesure d’effacer cette marque sur le registre. En revanche, la partie victime de la fraude sera identifiée comme de bonne foi, n’entachant pas sa réputation vis-à-vis des bailleurs, assureurs et fournisseurs.

Un usage toujours plus étendu de la blockchain

La blockchain apporte la confiance nécessaire qui permet à une dette d’être échangée comme un bien de manière sûre, sans que le recours à une tierce partie ne soit nécessaire pour évaluer le crédit. Cela signifie que la dette des petites entreprises peut être vendue ou échangée librement, en toute transparence, telles des créances hypothécaires par exemple.

La généralisation de la comptabilité en partie triple va permettre aux personnes physiques et morales d’avoir un accès simplifié aux financements et de mieux identifier leurs partenaires commerciaux.

La blockchain est promise à un avenir brillant. Cette technologie va ajouter une nouvelle dimension aux solutions de comptabilité pour les TPE et PME. Les technologies basées sur la blockchain vont dynamiser ce segment d’entreprises qui ont besoin de fiabilité et de confiance pour croître sereinement.

Laure Boutron, Directrice Marketing Exact

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