Interview de Guillaume Proust, Expert-comptable

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Guillaume Proust, expert-comptableGuillaume Proust, expert-comptable, évoque les entreprises du numérique.

Quels types d’entreprises du numérique possédez-vous dans votre portefeuille ?

Environ un quart de ma clientèle est constitué d’entreprises dont l’activité entre dans le champ du numérique. Il s’agit principalement de SSII, d’éditeurs de logiciels, de sociétés de programmation ou de traitement de bases de données. À ces secteurs traditionnels, s’ajoutent aujourd’hui des éditeurs de jeux en ligne, d’objets connectés, des entreprises du cloud computing, de big data, d’open source et de m-business (mobile). La croissance dans ces derniers domaines est très importante, mais les chiffres d’affaires sont, à ce jour, moindres que sur les marchés historiques.

Comment se portent ces entreprises de services du numérique ?

L’économie numérique a pris son envol il y a une quinzaine d’années, profitant du démarrage d’Internet et de l’essor des outils de communication mobile. Depuis cinq ans, on assiste à une accélération de la croissance, avec, en parallèle, une montée de l’endettement des entreprises et, malgré l’innovation, une concurrence de plus en plus forte.

Les chefs d’entreprise se plaignent d’une difficulté à recruter.

Globalement, les difficultés de recrutement sont moins marquées que dans des secteurs comme l’hôtellerie-restauration ou… l’expertise comptable ! Dans le numérique, il existe un vivier d’écoles et un environnement incomparables, permettant de fournir une bonne partie de la ressource humaine nécessaire.

Le développement des ESN est-il bien financé ?

Pour les entreprises numériques, les premiers financements, jusqu’à 200 000 €, sont assez faciles à obtenir, surtout quand les projets de business sont innovants. Il existe de nombreux mécanismes d’incubation, de prêts d’honneur, de business angels, d’aides régionales ou départementales, et surtout les outils de Bpifrance… Les start-up du numérique ne doivent pas sous-dimensionner leur première levée de fonds, car cela se complique souvent pour elles au seuil suivant, entre 200 000 et 800 000 €. Dans cette "zone grise" (equity gap), on trouve beaucoup moins d’acteurs de l’amorçage, que dans les pays anglo-saxons. Par ailleurs, les fonds d’investissement et les banques sont peu présents dans le développement des projets numériques. Ces acteurs n’interviennent que dans des cofinancements, aux côtés de réseaux spécialisés, généralement avec la garantie de Bpifrance.

Quels indicateurs doivent être particulièrement surveillés, dans une entreprise du numérique ?

L’économie numérique regroupe des activités hétérogènes, qui possèdent leurs spécificités comptables. Parmi les indicateurs transversaux, on peut néanmoins retenir :
-La marge nette, ou rentabilité d’exploitation (résultat net courant/chiffre d’affaires) ;
-L’indicateur de productivité – un des plus discriminants (masse salariale chargée/chiffre d’affaires) ;
-La trésorerie nette et le cash burn (consommation de cash opérationnelle) ;
-L’endettement brut / capitaux propres. On atteint facilement dans le numérique un ratio de 50 à 100 %, qui dépend des capitaux de l’entreprise, et des aides des régions (les entreprises franciliennes disposent de nombreux outils pour renforcer leurs fonds propres) ;
-Enfin, les règlements clients ont tendance à se dégrader et demandent une vigilance accrue, afin d’éviter les effets de ciseaux et le dérapage du BFR.

La question de l’évaluation de l’immatériel revient souvent en tête des préoccupations comptables des chefs d’entreprise du numérique…

C’est un vaste sujet… que je connais bien, puisque j’ai représenté l’Ordre des experts-comptables au sein d’un des quatre groupes de travail sur la "Mesure de l’immatériel" (GTMI), en 2011, qui a proposé douze mesures au service de la compétitivité et de la valeur durable des entreprises. Un travail de fond a été engagé par l’Ordre des experts-comptables, qui vise à ce que l’immatériel soit plus visible, mieux utilisé et maîtrisé par tous les acteurs. Ce n’est pas un mince chantier… surtout quand on sait que plus de 70 % de la valeur des entreprises du numérique est composé d’éléments immatériels, non comptabilisés dans les comptes de nos clients.

A propos

francilien87Cet article provient du numéro 87 du Francilien, la revue des experts-comptables région Paris Ile-de-France  qui comprend notamment un dossier sur le financement des PME.

 






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