La blockchain et le commissaire aux comptes : je t’aime, moi non plus !

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blockchain-cac-crccLa CRCC de Paris a proposé le 6 décembre 2017 un « petit-déjeuner formation » sur les rapports entre la fameuse technologie blockchain et les auditeurs légaux. Une relation ambigüe, faite d’enthousiasme mais également emprunte d’une certaine inquiétude...

Une matinale consacrée à la blockchain et aux commissaires aux comptes a été organisée le 6 décembre 2017 par la CRCC de Paris. Café, croissants et blockchain… une bonne manière de commencer la journée !

Le Président de la CRCC de Paris Olivier Salustro a introduit la séance en soulevant la question du positionnement des commissaires aux comptes par rapport à la technologie blockchain. S’agissant d’un environnement numérique qui « permettrait à lui seul d’instaurer la confiance sans intermédiaire », le rôle de l’auditeur légal comme « professionnel de la confiance » s’en trouve assez naturellement mis en cause… Alors, quelle attitude adopter ? Faut-il rester passif ou bien s’emparer du sujet ? Voilà selon Olivier Salustro, un premier enjeu central de la matinale du 6 décembre.

Deux personnalités sont intervenues à ce sujet. Alexandre Stachtchenko, cofondateur de Blockchain Partner, très impliqué dans le développement de la blockchain dans l’Hexagone et Fabrice Heuvrard, expert-comptable et commissaire aux comptes, qui participe notamment au groupe de travail sur les cryptomonnaies au sein du CSOEC.

Situer la blockchain : quelles applications concrètes chez les clients des commissaires aux comptes ?

Interrogé tout d’abord sur les mises en œuvre pratiques de la technologie blockchain dans les entreprises clientes des auditeurs légaux, Fabrice Heuvrard répond que celles-ci sont nombreuses.

Par exemple, « un devis peut très bien être déposé dans une blockchain ». C’est également le cas des éléments de facturation. Cette fonctionnalité est d’ailleurs déjà proposée par un éditeur, mentionne Fabrice Heuvrard. La blockchain permet d’obtenir la traçabilité du devis, de la facturation voire même de l’encaissement si la comptabilité est intégrée.

La dimension logistique est également impactée par la blockchain, notamment en ce qui concerne les flux internationaux. Cette technologie permet de centraliser l’information avec un interlocuteur unique, pour un gain de temps considérable. Autre illustration : la gouvernance. Il est possible d’imaginer une blockchain enregistrant les délibérations, avec une traçabilité des votes.

Alexandre Stachtchenko ajoute que « la blockchain permet d’effectuer des exécutions forcées de clauses ». Aujourd’hui, un débiteur défaillant peut toujours refuser de remplir ses obligations, ce qui débouche ensuite le cas échéant sur un procès… Le recours à la blockchain permet d’éviter cela : en effet, le code informatique est en mesure de décider tout simplement à la place du débiteur défaillant, empêchant celui-ci de se dérober.

Les points d’attention à retenir sur la blockchain pour les commissaires aux comptes

Autre interrogation soumise aux intervenants : quels sont les points de vigilance à intégrer comme auditeur légal sur les problématiques d’intégrité, de fiabilité et de traçabilité des données dans le cadre de la blockchain ?

Sur cet aspect, Fabrice Heuvrard indique qu’il convient de s’intéresser aux motivations qui ont présidé à la création de la blockchain par l’entreprise auditée, ainsi qu’à l’usage concret qui en est fait in fine. Il importe également de vérifier si la structure a créé la blockchain par elle-même ou bien si elle s’est faite accompagnée à cette fin, et par qui.

Il faut aussi porter un regard sur le contenu même du code. De ce point de vue, l’existence ou non d’un « smart contract » (ou contrat intelligent, qui s’exécute de lui-même lorsque les conditions idoines sont réunies, par programmation effectuée en amont) est un point de vigilance central. Au regard des risques prégnants de disfonctionnements informatiques, il importe notamment de prendre connaissance de l’auteur du code.

Attention : une fois que le smart contract est déposé dans la blockchain, il devient impossible de revenir en arrière. D’où l’importance cruciale selon Fabrice Heuvrard de tester et re-tester la formule préalablement.

Alexandre Stachtchenko ajoute un dernier point d’intérêt pour les professionnels du chiffre : dans les blockchains privées, il est envisageable d’instaurer un niveau spécifique pour les commissaires aux comptes, un « nœud d’audit » au sein du réseau, permettant d’accéder en temps réel à l’intégralité de l’information, les données et la documentation afin de réaliser le contrôle. « Cela va très probablement se développer », conclut le cofondateur de Blockchain Partner.

Hugues Robert

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