Quel regard et quelle stratégie de Grant Thornton sur la robotique ? « Nous sommes dans l’innovation sur des outils ciblés qui seront des boosters de croissance »

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christophe-radepont-guillaume-nicolasA l’occasion des Grant Thornton Advisory Days qui portaient sur le thème de la robotique et de l’intelligence artificielle, sous le titre « Trop bot’ pour être vrai ! », nous avons rencontré Christophe Radepont, Associé et Directeur National du Conseil Opérationnel et de l’Outsourcing et Nicolas Guillaume, Associé en charge de la ligne de services Risk Management, qui ont accepté de répondre aux questions du Monde du Chiffre sur ces nouveaux enjeux technologiques.

Quel est et sera l’effet de la robotique sur les entreprises selon vous ?

Christophe Radepont : Dans le domaine comptable par exemple, nous parlons de 40 à 50 % des activités aujourd’hui assurées par des humains qui pourront être traitées demain par des robots. L’impact est donc potentiellement phénoménal !

La robotique est en train de révolutionner l’organisation de la fonction finance. Toute une partie des activités sera entièrement traitée de manière dématérialisée par des robots. Il faut repenser la chaîne et la répartition des tâches entre l’être humain et les machines. Les opérateurs effectuant des activités à faible valeur ajoutée vont être à terme remplacés. Les activités d’analyse ou à plus forte valeur ajoutée demeureront.

Donc l’impact sera 1. une réduction des effectifs sur les activités à faible valeur ajoutée et 2. une reconfiguration et la nécessité de repenser complètement le modèle organisationnel des fonctions financières et comptables. Cela impactera également tout le processus de recrutement et de formation.

Nicolas Guillaume : Il y a l’impact de la robotisation mais également celui des décisions que les hommes auront prises en matière de robotisation. Je trouve un peu réducteur de dire que le robot va détruire l’emploi. C’est avant tout la décision de mettre en place une machine et de ne pas conserver la personne, qui va détruire l’emploi.

Il y aura plusieurs modèles : soit reconvertir les équipes remplacées par des robots sur de nouvelles tâches afin d’offrir davantage de services aux clients, soit effectivement ne pas remplacer les personnes et miser davantage sur une réduction des coûts.

Ces différentes stratégies seront très intéressantes à observer et à accompagner. Les acteurs ne feront pas tous la même chose, en fonction notamment du climat social et de la culture d’entreprise dans chaque structure.

Et plus précisément sur les activités d’audit et de conseil, quel sera selon vous l’impact de la robotisation ?

Christophe Radepont : Sur les activités d’audit, l’impact va être important car de la même manière, l’objectif sera d’identifier et de remplacer ce qui est robotisable dans les tâches effectuées par les auditeurs, toujours avec ce souhait de recherche d’économies et d’amélioration de la qualité et de la fiabilité des contrôles.

Sur la partie audit, comme il s’agit de processus largement standardisés, la robotique et l’intelligence artificielle peuvent prendre toute leur place pour remplacer certains profils mais elles ne se substitueront pas au jugement humain de l’auditeur expérimenté.

S’agissant du conseil, nous sommes principalement sur un mode d’accompagnement de nos clients dans la robotisation et le déploiement de solutions. Mais nous n’avons pas encore intégré la robotique pour remplacer nos propres consultants, même s’il existe des robo-advisors permettant de faciliter les travaux de recherche ou de conseil.

Nicolas Guillaume : En matière de conseil en lutte contre la fraude, la robotisation et l’intelligence artificielle permettent des modèles beaucoup plus performants. A la place des contrôles aléatoires, on s’oriente plus vers des logiques de profilage et d’anticipation, des modèles prédictifs pour mieux cibler les contrôles. Sur ce point, notre métier évolue considérablement.

Après, il y a un autre sujet, à savoir que la robotisation et l’intelligence artificielle vont impliquer à un moment ou à un autre d’aller auditer la « boîte noire », l’algorithme. De ce point de vue, les cabinets qui auront le plus réfléchi et le plus pratiqué sur le sujet seront les plus capables de comprendre ce qui se passe et d’apporter des compétences externes.

Quels sont le positionnement et la stratégie de Grant Thornton en matière de robotisation ?

Nicolas Guillaume : Nous nous situons plutôt dans l’approche visant à développer plus de valeur pour nos équipes et nos services. Il s’agit d’offrir davantage de services à nos clients dans une enveloppe de coûts qui sera toujours aussi maîtrisée.

Mais comme dans tous les autres business, nous subissons une pression sur les coûts et sur les prix qui est très forte. Nous mobilisons en grande partie ces leviers de robotisation afin d’augmenter ou au minimum maintenir la qualité de service à des niveaux de prix attendus par nos clients.

Christophe Radepont : Sur nos fonctionnements internes, il y a un véritable enjeu et une volonté de déployer tout ce qui est possible en termes d’automatisation afin d’améliorer notre rentabilité et être en phase avec les prix du marché.

Après, en termes d’offre client, nous ne pourrons pas aller sur l’ensemble des innovations technologiques. On ne peut pas être compétent sur tous les dispositifs de robotique ou d’intelligence artificielle. Donc il faudra faire des choix sur des outils qui seront leaders du marché, que nous accompagnerons et que nous utiliserons auprès de nos clients.

Notre stratégie est donc : nous sommes dans l’innovation mais nous le sommes sur des outils ciblés que nous pourrons utiliser comme des boosters de croissance.

Propos recueillis par Hugues Robert

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