« Le marché de la paie, victime collatérale de la crise »

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Xerfi vient de publier une étude sous le titre : « Les perspectives du marché de la paie à l’horizon 2022 - Cartographie de la concurrence et leviers de croissance des acteurs ». Trois questions à Alexis Jouan, chargé d’études chez Xerfi.

Quelles sont les perspectives de croissance du marché français de la paie ?

Les dispositifs mis en place par l’Etat pour soutenir l’emploi et les entreprises n’empêcheront pas une forte hausse du chômage et des défaillances d’ici 2022. Le nombre de bulletins de salaire produits dans l’Hexagone, qui transite en partie par les acteurs de la paie, va donc fléchir. Dit autrement, la crise du Covid-19 a enrayé la croissance ininterrompue du marché français de la paie, observée entre 2012 et 2019. Le marché est en quelque sorte une victime collatérale de la crise.

Dans ce contexte, la croissance de l’activité va dépendre des positions des acteurs au sein de la filière. Mature, l’activité du marché du BPO paie s’inscrira ainsi en repli de 2 % en 2020 puis de 5 % en 2021 avant de rebondir de 2 % en 2022 selon nos prévisions. Le chiffre d’affaires des spécialistes de l’externalisation de la paie cèdera lui 1 % et 3 % respectivement en 2020 et 2021, avant de progresser de 3 % en 2022. Les mieux lotis seront en réalité les éditeurs de logiciels spécialisés et les ESN SIRH de notre échantillon qui verront leurs revenus augmenter de 1,5 % en 2020 puis de 3 % et 4 % respectivement en 2021 et 2022. La résilience des investissements IT des organisations, engagées dans une transformation numérique accrue sous l’effet de la crise, expliquera notamment la croissance de l’activité de ces acteurs, qui profiteront en outre de la poursuite de l’essor des outils SaaS et des besoins d’automatisation de leurs donneurs d’ordres.

Des éditeurs de logiciels qui affichent en outre un taux d’excédent brut d’exploitation supérieur à celui des spécialistes de l’externalisation. Si la paie fait partie des fonctions RH les plus externalisées par les entreprises, le recours à des prestataires pour la production de bulletins de salaire reste limité. Aujourd’hui, deux tiers des entreprises françaises assurent entièrement ou principalement en interne la gestion de leur paie. Les obstacles à l’externalisation, comme les risques de perte de contrôle et de compétences, prennent en effet souvent le pas sur ses avantages.

Comment les acteurs se sont-ils adaptés à la nouvelle donne ?

La pandémie a contraint de nombreux acteurs à adapter leurs outils en urgence, notamment pour intégrer les mesures de chômage partiel. Elle ne devrait toutefois pas remettre en cause les stratégies de long terme des opérateurs.

La première est la migration vers le SaaS, qui concerne au premier chef les éditeurs de logiciels traditionnels et représente un changement fondamental de business model. L’autre voie consiste à mobiliser des stratégies de « guichet unique » pour se présenter aux clients comme des interlocuteurs privilégiés susceptibles de les accompagner sur l’ensemble de leurs besoins RH. Les acteurs développent alors des offres full services autour des problématiques RH et élargissent leur cœur de métier à la formation ou encore au conseil par exemple. Les éditeurs de logiciels misent, eux, sur le développement de plateformes RH.

L’international constitue également un relais de croissance plébiscité par les professionnels de la paie. Mais leur développement à l’étranger se limite, pour le moment, à une présence sur une multitude de marchés locaux plutôt qu’à la mise à disposition d’une offre globale multi-pays.

Va-t-on assister à une recomposition des forces en présence sur ce marché ?

Au-delà des stratégies de croissance, une recomposition des forces en présence est à l’œuvre sur le marché de la paie depuis maintenant plusieurs années. Pour être plus précis, un phénomène de consolidation est en cours, en France comme d’ailleurs à l’international, et il concerne en premier lieu les ESN SIRH.

En parallèle, la menace de nouveaux entrants se précise. Legaltech et autres startups technologiques se tiennent ainsi en embuscade, à l’image de Payfit qui a développé son propre langage informatique pour optimiser la transposition du droit du travail dans un outil de paie. Toutefois, les opérateurs historiques tels qu’ADP, Sage et Cegid trustent les premières places du classement des éditeurs de logiciels de gestion de paie pour la clientèle des grands comptes tandis que Silae fait la course en tête sur le segment des experts-comptables. Notons au passage qu’ADP est le principal intervenant du marché français de la paie, devant d’autres groupes intégrés de ce type comme Cegedim ou HR Path.

Acteurs clés et historiques de l’externalisation des processus d’entreprises, les grandes ESN généralistes (IBM, Accenture ou Tata Consulting Services) opèrent en qualité de prestataires de « BPO Paie » de grands comptes internationalisés dont elles gèrent les systèmes informatiques. Sans oublier les nombreux cabinets locaux, en général de dimension modeste, qui sont spécialisés dans les prestations d’externalisation des fiches de paie auprès des entreprises ou en qualité de sous-traitants d’experts-comptables. Ils se distinguent par leur savoir-faire légal et social.

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