Bernard Cohen-Hadad, Président de la Commission Financement des entreprises de la CGPME & Président du Think Thank Etienne Marcel

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Bernard Cohen-Hadad, Président de la Commission Financement des entreprises de la CGPME & Président du Think Thank Etienne MarcelInterview de Bernard Cohen-Hadad, Président de la Commission Financement des entreprises de la CGPME & Président du Think Thank Etienne Marcel.

 

D’après les chiffres de la Banque de France, les crédits accordés aux PME sont en progression. Comment l’expliquez-vous ?

Dans ses statistiques du 3eme trimestre, La Banque de France (BDF) a revu à la hausse ses « prévisions de croissance ». Sur douze mois, les crédits d’investissement aux PME progressent de 2,1% : les chiffres sont parlants. Aujourd’hui, il n’y pas de problème de financement pour les TPE et PME en bonne santé. Mais ce n’est pas le cas de toutes les entreprises patrimoniales. Beaucoup de TPE et de PME fragiles connaissent des problèmes de crédits de trésorerie ou des besoins de fonds de roulement. Mais les données BDF, aussi fiables soient-elles, méritent d’être affinées. Elles concernent les entreprises de plus de 10 salariés. On a tendance à montrer la partie présentable de la photo pour des raisons politiques. Mais il faudra attendre les résultats du dernier trimestre 2013 pour savoir si cette « tendance positive » est confirmée.

Pour la période T3, n’oublions pas que plus de 13 000 entreprises ont cessé leur activité et qu’il y a eu 59 780 procédures de redressements et de liquidations Judiciaires en 2012 ! Les experts-comptables
qui accompagnent les TPE et les PME le savent mieux que quiconque, dans le cadre de leurs missions auprès des entreprises patrimoniales. Chacun peut constater une césure pour ne pas dire
une vraie fracture entre ce que déclarent les institutions financières, et ce que vivent les PME sur le terrain.


Quelles sont les attentes des entreprises vis-à-vis des banques ? L’accès au crédit bancaire est-il suffisant ?

Contrairement à ce qui se passe chez certains de nos partenaires européens, en France, 90% du financement des TPE et des PME patrimoniales sont assurés par les établissements financiers. Et 76% des PME de moins de 2.5 millions d’euros de chiffres d’affaires ont comme partenaire une seule et unique banque. Cette situation est étonnante. Elle n’est pas le fait de l’atomisation des entreprises dans les territoires, mais le reflet de notre histoire économique. L’analyse vaut aussi pour des grandes régions comme l’Ile-de-France ou Rhône-Alpes. Les banques universelles restent la colonne vertébrale des TPE et des PME.

C’est pourquoi, afin de répondre à leurs besoins de financement, les PME font appel prioritairement à leur banque de proximité pour obtenir des lignes de crédit. Mais certains réseaux bancaires ne jouent pas le jeu. C’est une dure réalité. Régulièrement, les différents baromètres mettent en avant que près de 65% des TPE-PME ressentent au moins une mesure de durcissement dans l’accès au crédit.
Cela reste encore un sujet tabou car les TPE ou les PME craignent des mesures de rétorsion : la fermeture du robinet du crédit ou des autorisations de découvert.

Dès la création de l’observatoire du financement des entreprises, la CGPME et les experts-comptables ont attiré l’attention des pouvoirs publics sur les crédits de trésorerie et les crédits de moins de 25.000€. Cette situation reste une pierre d’achoppement pour trop de TPE. Et le coût du découvert pour les petits montants est trop élevé. On a relevé des taux de 9,73% contre 2,41% pour les taux moyens pondérés.

Ces taux ne sont pas supportables pour les entreprises les plus fragiles. Notez que, depuis l’été 2013, la Médiation nationale de crédit connait un regain d’activité. La situation financière des PME est donc toujours préoccupante.

Les entreprises se tournent-elles suffisamment vers les autres acteurs du financement (fonds d’amorçage, société de capital développement, sociétés de gestion, BPI…) ?

On le voit bien, tout le monde veut la croissance et tout le monde cherche la reprise économique. Pour cela, les besoins de crédits sont récurrents et sont exprimés par toutes les entreprises en création, en développement, à l’exportation ou pour l’innovation. Cinq années après le début de la crise financière, on note une évolution progressive de la mentalité des entrepreneurs. Ils commencent à s’intéresser et se tourner vers des modes de financements alternatifs ou complémentaires aux financements bancaires traditionnels.

Pour des raisons de rentabilité et de règles prudentielles, les banques universelles ont paradoxalement encouragé cette « désintermédiation contrôlée » en orientant les PME vers leurs filiales d’affacturage ou d’assurance-crédit. BPI France est maintenant installée comme principal interlocuteur public de financement et de garantie, dans les régions, et couvre tant le haut de bilan que le bas de bilan. Un certain nombre d’acteurs du capital investissement jouent désormais la carte des petits tickets, le jeu de la clarté des coûts et du soutien dans les territoires. Nous avons demandé l’évolution réglementaire du financement participatif (crowdfunding)…

La palette du financement des PME s’est donc dotée de nouvelles couleurs. Encore faut-il que les entrepreneurs puissent choisir celles qui s’harmonisent le mieux à leur situation, à leur capacité de remboursement, et à leur projet de développement. Face à cette mutation c’est, nous semble-t-il, le rôle des experts comptables de faire oeuvre de pédagogie, de conseil et d’alerte. 

 

A propos

francilien84Cet article provient du numéro 84 du Francilien, la revue des experts-comptables région Paris Ile-de-France  qui comprend notamment un dossier sur l'hôtellerie et un dossier sur le financement ainsi qu'un entretien avec Luc Ferry.

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