Le Pacte mondial de l’ONU - Réseau France a publié en juin 2026 son étude annuelle basée sur les Communications sur le Progrès (CoP) de 1 366 entreprises françaises. Ce rapport, qui évalue la transparence et les pratiques des signataires selon les standards des Nations Unies, montre une forte appropriation des sujets RSE traditionnels. Néanmoins, une analyse approfondie des indicateurs met en évidence des écarts notables entre les déclarations d'intention et la mise en œuvre opérationnelle.
Chaque année, l'exercice se répète : les entreprises adhérentes au Pacte mondial des Nations Unies publient leur Communication sur le progrès (CoP), un questionnaire déclaratif, non audité et non certifié, sur leurs avancées en matière de gouvernance, de droits humains, d'environnement et de lutte contre la corruption.
Cette année, 1 366 entreprises françaises s'y sont pliées, sur la base de leurs données 2024. A priori, les résultats indiquent des avancées en matière de RSE (responsabilité sociétale des entreprises), mais sortis de leur contexte, ils donneraient presque le sentiment d'un satisfecit générique propre à ce type d'exercice. Toutefois, en pratique, en se prêtant à cette opération purement déclaratif, les entreprises tricolores excellent là où la loi les contraint, mais freinent des quatre fers dès qu'il s'agit de toucher au portefeuille des dirigeants ou de balayer devant leur porte à l'international
La rémunération des dirigeants peine à s'aligner sur les critères extra-financiers
L'étude montre une généralisation des politiques de gouvernance responsable, 93 % des entreprises répondantes s'étant dotées d'un code de conduite ou d'une politique de durabilité. De plus, 82 % d'entre elles déclarent mener des actions face au changement climatique.
Cependant, l'intégration de ces priorités dans les mécanismes d'incitation financière des cadres dirigeants demeure minoritaire. Seules 20 % des entreprises françaises lient la rémunération variable de leurs cadres à des objectifs environnementaux, et ce taux descend à 17 % pour les critères sociaux ou relatifs aux droits humains. À l'échelle mondiale, la moyenne s'élève à 38 % pour les entreprises de la zone Asie.
En France, cette pratique reste fortement concentrée au sein des grandes structures : 97 % des entreprises du SBF 120 intègrent désormais ces critères extra-financiers dans la rémunération de leurs dirigeants, tandis que les petites et moyennes entreprises (PME et ETI) affichent un recours beaucoup plus limité à ces dispositifs.
Transition climatique : un suivi précis des émissions
Sur le plan environnemental, la France se distingue positivement par des taux d'action élevés en matière de gestion de l'énergie (85 %) et des déchets (83 %). De plus, le reporting sur les émissions indirectes (Scope 3) est plus développé en France (55 %) que dans le reste du monde (30 % hors Europe).
En revanche, l'anticipation des risques climatiques futurs à travers des plans formalisés reste en retrait. Seul un quart (25 %) des répondants français dispose d'un plan d'adaptation aux effets du changement climatique. Ce résultat se situe en deçà de la moyenne européenne (29 %) et des dynamiques observées sur les autres continents (33 %).
Ce manque d'anticipation est particulièrement marqué au sein des PME françaises, qui ne sont que 16 % à avoir formalisé un plan d'adaptation, contre 63 % pour les grandes entreprises. Les instances officielles rappellent pourtant régulièrement la nécessité d'anticiper ces risques pour préserver la résilience économique à moyen terme.
Droits humains : une vigilance interne qui peine à s'étendre aux chaînes d'approvisionnement
Concernant le volet social et les droits humains, les entreprises françaises affichent de bons résultats sur les indicateurs de mixité, notamment portés par le cadre législatif national, avec un taux moyen de 33,7 % de femmes aux postes de direction.
L'évaluation des risques tout au long de la chaîne de valeur présente toutefois des fragilités. Seule la moitié (50 %) des entreprises interrogées mesure chaque année l'impact de ses activités sur les droits humains et les conditions de travail.
En outre, la prévention du travail des enfants et du travail forcé fait l'objet d'actions structurées chez moins de la moitié des répondants (45 %), un taux inférieur à la moyenne des pays hors Europe (60 %). Une partie des PME et ETI interrogées indique considérer ces problématiques comme peu pertinentes au regard de leur activité directe.
Lutte contre la corruption : des programmes internes matures, des fournisseurs peu formés
Dix ans après l'introduction des dispositions de la loi Sapin II, le déploiement des dispositifs de conformité est globalement consolidé en interne : 90 % des entreprises françaises disposent d'une politique ou d'un programme de lutte contre la corruption.
L'extension de ces politiques aux partenaires commerciaux reste cependant incomplète. Si 45 % des organisations intègrent des clauses anti-corruption dans leurs contrats, seules 7 % d'entre elles déclarent former activement leurs fournisseurs et sous-traitants à ces risques. À titre de comparaison, ce taux atteint 12 % en Europe et environ 25 % dans les zones Afrique, Amérique et Asie.
Par ailleurs, l'effort de formation interne concerne 43 % des salariés en France, contre une moyenne mondiale de 74 % parmi les entreprises participantes.
Une méthodologie basée sur le volontariat et le déclaratif
Pour situer ces résultats, il convient de rappeler le cadre méthodologique de la Communication sur le Progrès (CoP) du Pacte mondial de l'ONU. Il s'agit d'un exercice de transparence basé sur l'auto-déclaration des entreprises participantes et non d'un audit externe contraignant.
L'étude précise que 33 % des entreprises françaises ont fait vérifier leurs réponses par un tiers indépendant, un niveau inférieur à celui observé en Espagne ou en Italie où ce taux dépasse les 50 %. De plus, l'échantillon analysé n'intègre pas les structures exclues pour non-dépôt ou ayant opté pour un format de reporting personnalisé.
Au final, ces éléments indiquent que les données publiées reflètent principalement les pratiques des entreprises les plus avancées ou les plus engagées dans la démarche volontaire du Pacte mondial.
Samorya Wilson
Retrouvez l'étude complète ici
